Ecrire pour guérir. Guérir pour avancer.

25 mars 2016

Si j’ai commencé à bloguer, c’est entre autre, parce que j’avais besoin d’écrire, besoin de partager et besoin de ne pas me sentir seule. On a tous un passé derrière nous, on a tous des casseroles au cul, certains en ont plus que d’autres, certains gèrent mieux que d’autres. On est tellement différents, tellement inégaux face à ça.

En ce moment, je suis très angoissée. En fait je le suis depuis toujours mais depuis le 1° décembre 2014 c’est pire que tout. Le 1° décembre, c’est la date à laquelle je suis entrée aux urgences de Hyères sur ordre d’une médecin à 20h15. C’est la date à laquelle j’ai pleuré au téléphone parce qu’elle me parlait de méningite et que j’avais mon petit bébé d’1 semaine dans les bras et mon fils de 4 ans à côté de moi.

J’ai laissé mon fils à ma mère. En l’embrassant j’étais persuadée que je ne pourrais plus le revoir et j’étais hantée de me dire que j’aurai pu l’infecter… J’ai embrassé ma mère en pleurant… J’ai pensé à la mort dans cette voiture, j’ai imaginé avoir contaminé tout le monde! J’ai pensé que j’allais mourir sans avoir le même nom de famille que mes enfants (alors que ça ne m’a jamais perturbé) et j’ai pleuré encore plus fort en imaginant ma pierre tombale.

Ouais, je sais. Vous vous dites que j’exagère mais non, à cet instant-là je ne pensais qu’à ça… J’allaitais ma fille et une fois aux urgences on m’a interdit d’y entrer avec elle… J’ai eu peur de ne plus jamais la revoir et de ne plus jamais revoir mon homme. De les abandonner tout les deux, tout les trois.

Puis il y a eu cette infirmière qui m’a posé une perfusion, moi la fille qui tombait dans les pommes pour une prise de sang (ou un détartrage), je n’ai pas bronché, je n’ai rien senti et l’infirmière s’excusait de ne pas réussir à la poser (veine de merde power). Je ne sentais plus rien. Je n’étais que peur et angoisse. Je savais au fond de moi que c’était au delà du rationnel mais je n’arrivais pas à me rassurer.

On m’a redonné ma fille. Mon homme était là aussi, d’apparence très sereine, il me rassurait (et se rassurait aussi je pense). Ma fille pleurait, je lui ai donné le sein tout en pleurant. C’était peut-être la dernière fois. Les larmes coulaient sans sanglots tellement j’étais épuisée de pleurer.

Le médecin est entré. Il m’a examiné. Froid et direct, avec un accent russe ou un truc du genre qui rajoutait un côté presque militaire à ce qu’il me disait : « Vous allez arrêter l’allaitement maintenant. Vous montez en maternité avec votre bébé. Vous avez probablement une infection de l’utérus. On va vous mettre sous antibiotiques et demain je viendrais faire une échographie. »

Heureusement en maternité le personnel est nettement plus chaleureux. Je pleure encore. Je pleure toujours. On m’explique que je vais avoir 3 antibiotiques différents pour enrayer l’infection le plus rapidement possible en attendant de savoir quelle bactérie est présente et donc quelle antibio sera efficace. Elles me disent de ne pas m’inquiéter, que si je suis avec mon bébé, c’est que ce n’est pas pire et que maintenant je suis au bon endroit. Elles réussissent à faire changer un antibio par un autre pour que je puisse continuer à allaiter, même si vu la quantité, on me conseille d’allaiter au moment où ils me perfusent ou alors 2h après pour éviter le pic d’antibio pour Victoire. Difficile quand on est perfusée toutes les 4h avec un bébé de 7 jours.

Victoire est adorable et les sage-femmes et autres membres du personnel sont impressionnés. Elle dort, ne se réveille qu’une fois dans la nuit pour manger. Heureusement que je l’ai avec moi. Son prénom est pour le coup de circonstance, c’est ma victoire, mon bébé-médicament. Je remonte la pente grâce à elle, je ne pleure pas quand elle est éveillée, du moins j’essaie.

Le manque de mon fils et de mon chéri me pèse. Les nouvelles concernant ce que j’ai change au fil des jours… A la fin, au bout de 6 jours d’hospitalisation, on m’annoncera donc que j’ai fait une septicémie à cause d’une bactérie qui provoque des infections pulmonaires en temps normal. En gros on a « postillonné » dans mon utérus … Le gynéco qui m’a opéré m’a recousu sans masque. CQFD.

Les jours à l’hôpital étaient difficiles mais j’ai eu tellement de soutien de la part du personnel (si des membres de la maternité de l’hôpital de Hyères me lisent :♥♥♥ ), de ma famille, de mes amis, de ma meilleure amie… On m’a même proposé de voir la psy de l’hôpital avec qui j’ai pu un peu parler.

Depuis ce jour, j’ai peur à chaque symptômes (parce qu’à part de la fièvre, je n’avais aucun autre symptôme), j’ai peur à chaque truc anormal. Je suis devenu hypocondriaque comme jamais. J’ai eu besoin de voir plusieurs médecins pour être rassurée sur cette infection. Il m’a fallu des mois pour ne pas y penser jour et nuit.

Encore maintenant je tremble à chaque prise de sang de peur d’avoir un résultat catastrophique. J’ai peur dès que mes enfants sont malades. Je m’imagine que je vais mourir dans la nuit d’un AVC, d’une embolie pulmonaire ou d’un anévrisme…

Je ne maigris pas, j’ai même pris quelques kilos en plus qui s’installent alors que j’en avais déjà un paquet en trop. J’ai besoin de me remplir et pourtant je sais qu’en faisant ça, je risque de graves problèmes de santé… Alors je stresse, j’angoisse et je mange!

Pourquoi j’écris tout ça? Je ne sais pas, mais aujourd’hui j’avais besoin de l’écrire, alors je l’ai fait. J’essaie chaque jour d’aller mieux. J’essaie chaque jour de me rassurer. Je suis suivie et je parle un peu de toutes les autres casseroles qui me suivent et dont j’essaie de me séparer. J’ai l’impression d’être au pied d’une montagne immense, avec le matériel qu’il faut pour la gravir, mais de sentir trop de poids pour pouvoir faire le premier pas. Je suis en bas et je regarde le haut de la montagne en me disant que ça doit être bien là-haut… Je sais que j’y arriverais. Il faut juste que je me déleste un peu et je pourrais avancer. Je pense avoir déchargé pas mal d’angoisses en écrivant ceci, ça m’aidera peut-être à avancer.

To be continued…

Ecrire pour guérir. Guérir pour avancer.

Ecrire pour guérir. Guérir pour avancer. Ecrire pour guérir. Guérir pour avancer.

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4 Commentaires

  • Répondre Syssou 25 mars 2016 at 23 h 32 min

    Je suis très touchée par votre commentaire qui m’a mis les larmes aux yeux… Lundi, cela fera un an que l’on m’hospitalisait pour Menace d’Accouchement Prématuré, et où on m’annonçait à demi-mots devoir faire le deuil du petit bout que je portais…. Cette angoisse, ce ressenti, cette sensation d’être pétrifiée et ne plus savoir quoi faire pour sortir de ce cauchemar, je ne le connais que trop bien et pour moi, il ne s’efface pas! Je suis suivie également et cela me soulage, mais ces moments douloureux sont très présents!! Comme pour vous, le dénouement est positif puisque je fêterai dans quelques semaines le 1er anniversaire de mon bout de chou, mais le parcours a été fastidieux; et les images, les pensées, les sons, les odeurs, tout est prétexte à ces affreux souvenirs…
    Bref, pour vous dire que je compatis à ce que vous avez vécu, car je sais ô combien c’est difficile, mais le soutien des proches est très important et il m’a sauvé….
    Je vous souhaite plein de bonheur pour la suite!!!!

  • Répondre l'Atelier d'Isoline 25 mars 2016 at 21 h 32 min

    Poignant votre commentaire, j’en ai la chaire de poule et les larmes aux yeux.
    J’ai travaillé en maternité et en pédiatrie à l’hôpital de Hyères comme psychologue …. jusqu’en 2010. Je sais de ma place à quel point le vécu de certains événements comme le votre laisse des traces…. Cela fait partie de votre histoire, celle de votre famille, l’histoire de votre fils et surtout de votre fille. Ce 1er décembre 2014, votre histoire a été réécrite avec des traces qui perdurent et qui handicapent.
    Je ne peux que vous encourager à aller parler de ce vécu, de ces traces, de cette histoire, de votre histoire afin que les traces qui existent vous fassent moins mal à vous mais aussi à votre famille et qu’à nouveau votre histoire se réécrive. Mais aussi pour que votre fille associée directement à cette histoire puisse ne pas devoir porter un poids trop lourd sur ses épaules…
    Tendrement,
    Isoline

    • Répondre mamanduvar 25 mars 2016 at 21 h 36 min

      Merci pour votre commentaire touchant et très utile ! Je crois que je sors d’une phase de mutisme où je racontais cette histoire scientifiquement sans livrer mes émotions ! Maintenant que je suis prête à tout donner, je pense en reparler avec mon thérapeute ! En tout cas merci beaucoup pour votre commentaire !

      • Répondre l'Atelier d'Isoline 25 mars 2016 at 21 h 38 min

        Oui, il est parfois nécessaire de laisser passer du temps pour pouvoir en parler.
        A bientôt et n’hésitez pas si vous avez besoin de conseil.
        Bonne fin de soirée.

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