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Frapper un enfant : 5 raisons de ne jamais le faire

Violences educatives : pourquoi la fessee et les gifles nuisent au developpement de l'enfant et quelles alternatives privilegier au quotidien.

Par Anne-Laure ·
Frapper un enfant : 5 raisons de ne jamais le faire

3 questions pour tester vos connaissances

Un petit quiz vous attend en fin d'article !

On va parler d’un sujet qui fache, qui divise, mais qui me tient vraiment a coeur : frapper un enfant. Que ce soit une fessee, une gifle ou une tape, ces gestes font partie de ce qu’on appelle les violences educatives ordinaires. Ordinaires parce qu’elles sont encore trop communes, pas parce qu’elles sont acceptables.

Je sais que beaucoup de parents ont eux-memes recu des fessees etant petits et s’en sont “bien sortis”. Mais aujourd’hui, la science est claire : les violences physiques, meme “legeres”, laissent des traces. Et surtout, il existe d’autres facons d’eduquer qui marchent mieux et respectent l’enfant.

Voici 5 raisons concretes pour lesquelles frapper un enfant n’est jamais la solution, et ce qu’on peut faire a la place.

1. Frapper abime le cerveau en developpement

Le cerveau d’un enfant n’est pas un cerveau d’adulte en miniature. Il se construit, se remodele en permanence jusqu’a l’adolescence. Et les violences physiques, meme ponctuelles, peuvent perturber ce developpement.

Quand tu frappes un enfant - meme une simple tape - son cerveau libere du cortisol, l’hormone du stress. A petite dose, le stress est normal. Mais si les violences se repetent, le cortisol reste eleve en permanence. Resultat : les zones du cerveau responsables de la regulation des emotions et de la memoire (comme l’hippocampe) sont affectees.

Plusieurs etudes montrent que les enfants victimes de violences educatives presentent plus de risques de :

  • Troubles anxieux et depression a l’adolescence
  • Difficultes scolaires et problemes de concentration
  • Comportements agressifs envers les autres

WARNING

Les violences repetees modifient litteralement la structure du cerveau. Ces modifications peuvent persister a l’age adulte et favoriser l’apparition de troubles psychotraumatiques.

En France, la loi de 2019 interdit toutes les formes de violences educatives. Ce n’est pas une attaque contre les parents, mais une reconnaissance du droit de l’enfant a grandir sans violence.

2. La violence enseigne… la violence

Si tu frappes ton enfant pour lui apprendre a ne pas frapper, tu vois le probleme, non ? Tu lui dis “on ne tape pas” en le tapant. L’enfant ne retient pas le message, il retient le comportement : quand je suis en colere ou que quelqu’un ne fait pas ce que je veux, je peux utiliser la force.

Les enfants apprennent par imitation. Si tu resous les conflits par la violence physique, ton enfant reproduira ce schema :

  • A l’ecole, avec ses camarades
  • Plus tard, dans ses relations amoureuses
  • Et meme avec ses propres enfants quand il sera parent

C’est un cercle vicieux. Les victimes de violences educatives deviennent plus souvent des parents qui frappent a leur tour, parce que c’est le seul modele qu’ils connaissent.

NOTE

Un enfant de 3 ans qui tape ses copains ne comprend pas que c’est “mal”. Il reproduit ce qu’il a vu chez lui. L’education bienveillante consiste a lui montrer d’autres facons de gerer sa frustration.

3. Frapper detruit la confiance et la securite

La relation parent-enfant repose sur un socle : la confiance et la securite. Ton enfant doit savoir qu’il peut compter sur toi, qu’il est en securite avec toi. Frapper brise ce socle.

Quand tu leves la main sur ton enfant, voici ce qu’il ressent :

  • De la peur : “Maman ou Papa peut me faire mal”
  • De la confusion : “Je pensais qu’ils m’aimaient, pourquoi ils me font ca ?”
  • De la honte : “J’ai fait quelque chose de tellement grave que je merite d’etre frappe”

L’enfant n’apprend pas a se comporter mieux. Il apprend a avoir peur de toi et a cacher ses betises pour eviter la punition. Il perd confiance, non seulement en toi, mais aussi en lui-meme.

Sur le long terme, ces enfants ont plus de mal a :

  • Exprimer leurs emotions sainement
  • Construire des relations equilibrees
  • Developper une bonne estime d’eux-memes

CAUTION

Un enfant qui vit dans la peur de ses parents peut developper des troubles de l’attachement. Ces troubles affectent sa capacite a creer des liens affectifs stables a l’age adulte.

4. Les violences educatives sont inefficaces

Alors oui, une fessee “marche” sur le moment. L’enfant arrete de crier, de sauter sur le canape, de taper sa soeur. Mais ce qu’il apprend, ce n’est pas a bien se comporter. Il apprend juste a eviter de se faire frapper.

La punition physique ne developpe pas :

  • La comprehension des regles et de leur sens
  • L’autoregulation emotionnelle
  • L’empathie et le respect des autres

Au contraire, les etudes montrent que les enfants punis physiquement presentent plus de problemes de comportement que ceux eduques sans violence. Ils sont plus agressifs, plus oppositionnels, et ont plus de mal a respecter l’autorite.

Si tu veux que ton enfant comprenne pourquoi taper sa soeur, c’est pas OK, il faut lui expliquer, pas le taper a ton tour. Sinon, tu remplaces la comprehension par la peur, et ca ne dure jamais longtemps.

TIP

Remplace “Tu merites une fessee !” par “Je vois que tu es en colere, mais on ne tape pas. Viens, on va trouver une autre facon de montrer ta colere.” C’est plus long, mais tellement plus efficace.

5. C’est interdit par la loi

Depuis juillet 2019, la France interdit toutes les violences educatives ordinaires, y compris les fessees et les gifles. Cette loi, dite “loi anti-fessees”, reconnait le droit des enfants a une education sans violence.

Pourquoi cette loi ? Parce que plus de 50 pays dans le monde ont deja interdit les chatiments corporels, et les resultats sont la : moins de maltraitance, moins de violences entre enfants, et des adultes en meilleure sante mentale.

La loi ne prevoit pas de sanction penale pour les parents. Son but est educatif : rappeler que frapper un enfant n’est jamais acceptable, meme “pour son bien”. Elle s’inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant, qui protege tous les enfants contre les violences physiques et psychologiques.

Si tu te sens depasse, si tu as peur de craquer, il existe des ressources. Le site Outils pratiques pour parents propose des accompagnements pour apprendre a eduquer autrement.

Que faire a la place de frapper ?

OK, on est d’accord : frapper, c’est pas la solution. Mais concretement, on fait quoi quand notre enfant nous pousse a bout ?

Reconnais tes propres limites

Personne n’est un parent parfait. Si tu sens la colere monter, isole-toi quelques secondes. Va dans une autre piece, respire profondement, compte jusqu’a 10. Ton enfant peut attendre 30 secondes que tu retrouves ton calme.

Pose des limites claires et coherentes

Les enfants ont besoin de cadre. Mais un cadre, ce n’est pas de la violence. C’est des regles claires, expliquees calmement, avec des consequences logiques. Exemple :

  • “Si tu jettes tes jouets, je les range et tu ne pourras plus jouer avec aujourd’hui.”
  • “Si tu ne mets pas ton manteau, on ne sort pas.”

Reconnais ses emotions

Ton enfant hurle parce qu’il ne veut pas ranger sa chambre ? Dis-lui : “Je vois que tu es en colere. C’est normal, tu veux continuer a jouer. Mais il est l’heure de ranger.” Reconnaitre l’emotion, ca deja ca apaise.

Propose des alternatives

Au lieu de crier ou frapper, propose des solutions. “Je vois que tu es frustre. Tu veux taper dans ce coussin ? Ou tu preferes aller dehors courir un peu ?”

IMPORTANT

L’education bienveillante ne signifie pas tout accepter. Ca veut dire fixer des limites sans violence physique ni psychologique. C’est exigeant, mais ca marche.

Les violences educatives : pas qu’une question de fessees

Quand on parle de violences educatives, on pense d’abord aux violences physiques : fessees, gifles, tapes. Mais il existe aussi des violences psychologiques qui font tout autant de degats.

Humilier un enfant, le rabaisser (“T’es vraiment trop bete !”), le menacer, l’isoler longuement dans sa chambre, hurler sur lui… tout ca, ce sont des formes de maltraitance psychologique. Et les consequences sont similaires a celles des violences physiques : stress traumatique, troubles emotionnels, perte de confiance.

L’education bienveillante ne consiste pas a etre laxiste. Elle consiste a respecter l’enfant en tant que personne, avec ses besoins et ses emotions, tout en fixant des limites adaptees a son age.

TIP

Si tu as du mal a controler tes reactions, n’hesite pas a consulter un professionnel (psychologue, educateur). Demander de l’aide, c’est pas un echec, c’est une preuve de courage.

Et si j’ai deja frappe mon enfant ?

Tu as deja leve la main sur ton enfant et tu culpabilises ? C’est normal. Mais la culpabilite ne sert a rien si tu n’en fais rien.

La premiere chose a faire : presenter des excuses sinceres a ton enfant. Oui, meme s’il a 3 ans. Dis-lui : “Je regrette de t’avoir tape. C’etait pas bien de ma part. Tu as le droit d’etre en securite, meme quand tu fais des betises.”

Ensuite, apprends d’autres facons de reagir. Il existe des livres, des ateliers, des forums de parents qui partagent leurs astuces. Tu n’es pas seul.e dans cette demarche. Changer ses reflexes, ca prend du temps, mais c’est possible.

Si tu vois que tu n’y arrives pas seul.e, n’hesite pas a consulter un psychologue ou a contacter des associations de soutien a la parentalite. Personne ne nait parent parfait, on apprend tous en marchant.

Ressources et soutien pour les parents

Si tu veux aller plus loin dans l’education bienveillante, voici quelques pistes :

  • Livres recommandes : “Pour une enfance heureuse” de Catherine Gueguen, “J’ai tout essaye” d’Isabelle Filliozat
  • Associations : La Maison des Maternelles propose des ateliers de parentalite bienveillante dans plusieurs villes
  • En ligne : Le site de la Fondation pour l’Enfance recense des ressources et des numeros d’ecoute pour les parents en difficulte
  • Numeros d’urgence : Allo Enfance en Danger (119) si tu t’inquietes pour la securite d’un enfant

Eduquer sans violence, ce n’est pas un objectif inatteignable reserve aux parents “parfaits”. C’est un chemin sur lequel chacun avance a son rythme, avec ses doutes et ses essais-erreurs. L’important, c’est d’essayer.

Alors oui, il y aura des moments ou tu craqueras, ou tu hausseras le ton, ou tu regretteras ta reaction. Mais chaque fois que tu choisiras de prendre une grande respiration plutot que de lever la main, chaque fois que tu reconnaîtras l’emotion de ton enfant plutot que de la nier, tu construiras une relation plus forte, plus saine, et plus respectueuse.

Parce qu’au final, ce qu’on veut tous, c’est que nos enfants grandissent en se sentant aimes, en securite, et capables de gerer leurs propres emotions. Et ca, ca ne passe jamais par la violence.

Quiz : Violences educatives et developpement de l'enfant

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Depuis quelle annee la France interdit-elle toutes les formes de violences educatives ordinaires ?

Questions fréquentes

La fessee est-elle vraiment une forme de violence ?
Oui. Meme si elle semble banale, la fessee reste une violence physique qui porte atteinte a l'integrite de l'enfant. En France, toutes les violences educatives sont interdites depuis 2019.
Quelles sont les consequences des gifles sur le cerveau de l'enfant ?
Les violences repetees, meme legeres, modifient le developpement du cerveau. Elles augmentent le stress chronique et peuvent provoquer des traumatismes psychologiques durables.
Comment eduquer sans frapper ni crier ?
Privilegie la communication bienveillante : exprime tes limites clairement, reconnais les emotions de ton enfant, et propose des consequences logiques plutot que des punitions physiques.
Mon enfant me pousse a bout, comment garder mon calme ?
Reconnais tes signaux de colere avant d'exploser. Isole-toi quelques secondes, respire profondement, ou demande de l'aide a ton conjoint. Personne n'est parfait, l'important est d'apprendre a reagir autrement.
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Cet article est publié à titre informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Consultez votre médecin ou sage-femme pour toute question médicale.