J’ai remarque un truc bizarre avec Margot vers 4 ans : elle se retenait systematiquement a l’ecole pour ne faire caca qu’a la maison. Au debut, je me suis dit que c’etait une phase. Sauf que ca a dure, et elle commencait a avoir mal au ventre. En discutant avec d’autres mamans, j’ai decouvert que ce n’etait pas du tout une exception. Bienvenue dans le monde du syndrome de la princesse.
Le syndrome de la princesse, c’est quoi exactement ?
Le syndrome de la princesse, aussi appele poop-shaming, designe cette gene profonde qu’on ressent a l’idee d’aller a la selle ailleurs que chez soi. Les toilettes publiques, l’ecole, le bureau, meme chez des amis - tous ces endroits deviennent une source d’anxiete.
Les chiffres parlent d’eux-memes : selon une etude de l’IFOP, 61% des femmes ne se sentent pas a l’aise avec l’idee de defequer hors de chez elles, contre seulement 47% des hommes. Cette difference n’est pas un hasard.
NOTE
La parcopresie est la forme severe du syndrome de la princesse : une veritable incapacite physique a defequer dans des toilettes autres que les siennes, meme avec une vraie envie.
D’ou vient cette honte ?
Le syndrome de la princesse prend racine dans l’education genree. Des l’enfance, on apprend aux petites filles a etre douces, discretes, propres. Les messages sont subtils mais puissants :
- “Les filles, c’est delicat”
- “Ne fais pas de bruit”
- “Reste propre et parfumee”
Ces stereotypes creent un ideal de feminite completement deconnecte de la realite biologique. Une fille ou une femme est censee correspondre a une image de purete aseptisee. Et faire caca, avec les bruits, les odeurs et tout le reste ? Ca colle pas vraiment avec l’image de la princesse Disney.
La societe renforce ce tabou. Les blagues sur les toilettes ciblent souvent les femmes. Le poop-shaming devient un outil de controle social, une facon de plus de dire aux filles comment elles doivent se comporter avec leur propre corps.
Les consequences reelles sur la sante
Se retenir d’aller aux toilettes, c’est pas juste une petite gene passagere. Ca a des impacts concrets sur la sante intestinale et psychologique.
Cote corps
Quand on se retient regulierement de defequer, voila ce qui se passe :
Constipation chronique : Les selles deviennent dures et difficiles a evacuer. Le cercle vicieux demarre - plus c’est dur, plus on attend, plus c’est difficile.
Ballonnements et douleurs : Le ventre gonfle, fait mal. Margot se plaignait souvent de douleurs abdominales les soirs d’ecole.
Troubles digestifs : La digestion se deregule completement. Certaines femmes developpent un syndrome du colon irritable lie au stress des toilettes publiques.
Parcopresie : Dans les cas serieux, le corps developpe une veritable incapacite physique a aller a la selle hors du domicile, meme avec une envie pressante. C’est un blocage a la fois physique et psychologique.
WARNING
Se retenir plusieurs heures par jour, plusieurs fois par semaine, ce n’est pas anodin. Les troubles peuvent devenir chroniques et necessiter un suivi medical.
Cote tete
L’impact psychologique est tout aussi reel :
- Anxiete sociale : La peur d’avoir besoin d’aller aux toilettes en public devient envahissante
- Sentiment de honte : Un cercle vicieux ou la honte renforce le probleme qui renforce la honte
- Isolement : Certaines femmes evitent les sorties, les voyages, les nuits chez des amis
- Angoisse anticipatoire : L’inquietude commence bien avant la situation elle-meme
J’ai une amie qui a refuse un super boulot parce que les toilettes du bureau etaient trop proches de l’open space. Voila jusqu’ou ca peut aller.
Comment on en sort ? Les solutions concretes
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut vraiment changer les choses. Pour nos filles comme pour nous.
Avec nos enfants : eduquer differemment
Banaliser le sujet des la proprete
Des que ma fille a commence l’apprentissage de la proprete, j’ai fait attention a mon vocabulaire. Pas de “caca degoutant” ou de grimaces. Je parle du pipi et du caca comme de choses normales, naturelles. Point.
Les livres pour enfants aident enormement. “Tout le monde fait caca” de Taro Gomi est genial pour ca - il montre que tous les animaux, tous les humains ont ce besoin. Zero honte, zero mystere.
Arreter les blagues genrees
On ne dit plus “les filles ca sent la rose” ou “les princesses vont pas aux toilettes”. Ces phrases qui semblent innocentes plantent les graines du syndrome de la princesse.
Si quelqu’un fait ce genre de remarque devant ma fille, je corrige gentiment mais fermement. “Bien sur que les filles vont aux toilettes, tout le monde le fait. C’est normal et sain.”
Creer un environnement de confiance
A la maison, on ne commente pas les odeurs ou les bruits des toilettes. Chacun a son intimite, personne ne juge. Cette regle s’applique pour tous - parents, enfants, invites.
Je demande regulierement a Margot si elle va bien aux toilettes a l’ecole. Pas sur le ton de l’interrogatoire, plutot “tu te sens a l’aise pour y aller quand tu as besoin ?” Si elle me dit non, on en parle, on cherche pourquoi, on trouve des solutions ensemble.
TIP
Si ton enfant se retient a l’ecole, parles-en a l’instit. Parfois, les toilettes sont sales, ou les autres enfants se moquent. C’est important de lever ces obstacles concrets.
Pour nous les mamans : deconstruire nos propres blocages
Difficile d’aider nos filles si on porte nous-memes cette honte. J’ai du bosser sur mes propres reflexes.
Reconnaitre le probleme
La premiere etape, c’est d’admettre qu’on a peut-etre nous aussi interiorise ce syndrome. Tu te retiens au travail ? Tu stresses dans les toilettes publiques ? Tu attends que tout le monde soit parti pour y aller ? C’est probablement le syndrome de la princesse.
Normaliser pour soi-meme
Je me suis forcee a aller aux toilettes publiques quand j’en avais besoin. Les premieres fois, j’etais super mal a l’aise. Petit a petit, ca devient plus facile. On desapprend la honte, on reapprend a ecouter son corps.
En parler ouvertement
Avec mes copines, j’ai commence a parler de ca sans detour. Tu sais quoi ? Presque toutes avaient le meme souci. Le simple fait de mettre des mots dessus, de realiser qu’on est pas seules, ca aide enormement.
IMPORTANT
Nos filles nous observent. Si on va aux toilettes publiques sans stress, si on n’a pas honte de nos besoins naturels, elles integrent que c’est normal.
Quand consulter un pro ?
Parfois, le syndrome de la princesse necessite l’aide d’un professionnel :
Signes d’alerte :
- Douleurs abdominales frequentes
- Constipation chronique malgre une alimentation adaptee
- Anxiete importante liee aux toilettes
- Evitement social (refus de sortir, de dormir ailleurs)
- Impact sur la vie quotidienne ou scolaire
Vers qui se tourner ?
Un medecin generaliste ou pediatre pour ecarter un probleme physique et avoir un suivi de la sante intestinale.
Un psychologue specialise dans les troubles anxieux ou les problemes lies au corps peut proposer une therapie cognitive et comportementale. Ca marche vraiment bien pour ce type de blocage.
Un gastro-enterologue si les symptomes physiques sont importants (constipation severe, douleurs).
La therapie aide a identifier les pensees automatiques (“les gens vont me juger”, “c’est degoutant”), a les questionner et a les remplacer par des pensees plus realistes.
Ce qui a marche chez nous
Avec Margot, on a mis plusieurs choses en place :
J’ai discute avec la maitresse. Il s’avere que les toilettes de l’ecole etaient vraiment pas top - sales, sans papier la moitie du temps. L’ecole a ameliore l’entretien et installe un distributeur. Ca a change pas mal de choses.
On a aussi travaille sur l’aspect psychologique. Je lui ai explique que son corps lui disait quand il avait besoin d’aller aux toilettes, et que c’etait important de l’ecouter. Comme pour la faim ou la soif. Rien de honteux, juste un besoin naturel.
J’ai aussi arrete de dire des trucs comme “tu sens bon ma princesse” apres le bain. Ca semble innocent, mais ca renforce l’idee qu’une fille doit sentir bon tout le temps. Maintenant je dis plutot “tu es toute propre” ou “tu es bien installee dans ton pyjama”. Des compliments qui ne portent pas sur l’odeur ou l’apparence parfaite.
TIP
Les changements prennent du temps. Sois patiente avec ta fille et avec toi-meme. Chaque petit progres compte.
On peut en parler sans tabou
Le syndrome de la princesse, c’est pas une fatalite. C’est un probleme social et educatif, donc on peut agir dessus. En elevant nos filles differemment, en deconstruisant nos propres blocages, en parlant ouvertement de ces sujets qu’on a trop longtemps evites.
Si tu veux d’autres pistes pour eduquer ta fille loin des stereotypes, jette un oeil a l’article sur l’education positive - y’a plein d’outils qui marchent aussi pour ce genre de sujet.
Nos filles meritent de vivre dans leur corps sans honte, d’ecouter leurs besoins sans culpabilite, d’aller aux toilettes ou et quand elles en ont besoin. C’est la base de l’autonomie et de la confiance en soi. Et ca commence par nous, les parents, qui decidons de casser ce cercle vicieux.
La prochaine fois que ta fille hesite a aller aux toilettes a l’ecole ou chez une copine, rappelle-lui qu’elle a le droit. Que c’est normal. Que son corps sait ce dont il a besoin. C’est un petit geste pour toi, mais ca peut changer sa vie.