Quand j’ai installé mon premier récupérateur d’eau de pluie il y a deux ans, je pensais surtout à arroser mon potager. Résultat ? Ma facture d’eau a baissé de 35% la première année. Pas mal pour un investissement de 450 euros.
La récupération d’eau de pluie, c’est simple : tu collectes ce qui tombe naturellement sur ton toit au lieu de payer pour l’eau du robinet. Mais entre les différents systèmes, les usages possibles et le calcul des économies réelles, difficile de s’y retrouver.
Je te partage ce que j’ai appris : combien tu peux vraiment économiser, quelle installation choisir selon ton budget, et les erreurs à éviter.
Pourquoi récupérer l’eau de pluie (au-delà des économies)
L’eau gratuite qui tombe du ciel
Un toit de 100 m² collecte environ 60 000 litres d’eau par an dans le Var. C’est l’équivalent de ce qu’une personne consomme en un an pour tous ses usages domestiques. Et on laisse 80% de cette eau partir dans les égouts.
Le prix de l’eau augmente de 3 à 4% chaque année. Dans ma commune, on est passé de 3,50 euros le m³ en 2022 à 4 euros en 2024. Sur une consommation annuelle de 150 m³ pour une famille de 4, ça fait 75 euros de plus.
Récupérer l’eau de pluie, c’est se créer une réserve gratuite pour les usages qui n’ont pas besoin d’eau potable.
Moins de pression sur les ressources
45% de l’eau qu’on utilise quotidiennement n’a pas besoin d’être potable : arrosage, toilettes, lavage de la voiture, nettoyage des sols. Pourquoi utiliser de l’eau traitée pour arroser des tomates ?
En été, quand les restrictions d’eau tombent, avoir sa propre réserve change tout. Mon potager a survécu à la canicule 2023 grâce à mes 3000 litres stockés.
NOTE
L’eau de pluie est naturellement douce (sans calcaire). Tes plantes adorent et ta machine à laver aussi - moins de dépôts, moins de produits détartrants nécessaires.
Réduire le ruissellement
Quand il pleut fort, toute cette eau qui ruisselle des toits sature les réseaux d’assainissement. Avec une cuve de récupération, tu tamponnes les pics : l’eau est stockée puis relâchée progressivement pour l’arrosage.
Bon, je ne vais pas te mentir : ce n’est pas pour cet argument écologique que j’ai sauté le pas. Mais c’est un effet positif dont je suis contente aujourd’hui.
Les usages qui font vraiment économiser
Arrosage du jardin et potager (le plus rentable)
C’est l’usage numéro 1 et le plus simple à mettre en place. Un kit basique suffit : cuve reliée à la gouttière, robinet en bas.
Pour un jardin de 100 m² avec potager, compte environ 20 m³ d’eau par an. À 4 euros le m³, ça fait 80 euros d’économie annuelle. Mon potager de 30 m² me coûtait 120 euros d’eau chaque été - maintenant : zéro.
L’eau de pluie est meilleure pour les plantes que l’eau du robinet (pas de chlore, pH neutre). Mes tomates et salades poussent mieux depuis que j’utilise ma cuve.
TIP
Installe un arrosage goutte-à-goutte relié à ta cuve. Tu économises encore plus d’eau (30% de moins qu’à l’arrosoir) et tu peux partir en vacances sereine avec un programmateur.
Chasse d’eau des toilettes (le plus gourmand)
Une chasse d’eau, c’est 9 litres à chaque utilisation. Pour 4 personnes avec 5 passages par jour, ça fait 65 m³ par an - soit 260 euros.
L’installation est plus complexe (pompe, filtration, raccordement intérieur) et coûte entre 2000 et 3000 euros. Mais l’amortissement se fait en 8 à 10 ans.
Je ne l’ai pas encore fait chez moi (projet pour l’année prochaine), mais ma voisine l’a installé : elle économise 220 euros par an depuis 3 ans.
Machine à laver (avec filtration)
Un cycle de machine consomme 50 litres. Sur 200 cycles par an (4 par semaine), ça représente 10 m³ - soit 40 euros d’économie.
Il faut un filtre adapté pour enlever les particules et éviter d’encrasser la machine. Le kit complet avec pompe et filtration coûte environ 1500 euros.
L’eau de pluie, douce et sans calcaire, est top pour le linge. Tu utilises moins de lessive et ta machine s’entartre beaucoup moins.
Lavage de la voiture et nettoyage extérieur
Laver sa voiture consomme 150 à 200 litres à chaque fois. Si tu la laves une fois par mois chez toi, ça fait 2 m³ par an - environ 8 euros.
Ajoute le nettoyage de la terrasse, des outils de jardin, du vélo des enfants : tu arrives facilement à 4 ou 5 m³ par an, soit 20 euros d’économie.
C’est pas énorme mais ça s’additionne. Et surtout, l’été quand l’eau est restreinte, tu peux continuer à laver ta voiture sans culpabiliser.
Choisir son système selon son budget
Récupérateur aérien simple (300-800 euros)
C’est ce que j’ai commencé : une cuve en plastique de 300 litres posée le long du mur, reliée à la descente de gouttière avec un collecteur.
Prix du kit complet : 450 euros (cuve 300L + collecteur + robinet). Installation en 2 heures un samedi après-midi avec mon compagnon.
Idéal pour débuter et arroser un petit jardin. Si tu as la place, prends directement 500 ou 1000 litres - ça ne coûte que 100 euros de plus et tu es plus tranquille l’été.
WARNING
Pense à surélever ta cuve d’au moins 30 cm sur des parpaings. Tu auras assez de pression pour brancher un tuyau d’arrosage et ça facilite le remplissage des arrosoirs.
Cuve enterrée avec pompe (2000-5000 euros)
Pour des usages domestiques (toilettes, machine), il faut une cuve enterrée plus grosse (3000 à 5000 litres) avec pompe et système de filtration.
Investissement : 3500 euros en moyenne (cuve + pompe + filtres + pose). Mais tu peux économiser 300 à 400 euros par an si tu utilises l’eau pour les toilettes et la machine.
L’amortissement se fait en 8 à 10 ans. C’est rentable si tu restes longtemps dans ta maison et que tu as une grosse consommation d’eau.
Ma belle-soeur a installé une cuve de 5000 litres l’an dernier (ils sont 5 à la maison avec un grand jardin). Résultat : facture d’eau divisée par deux, soit 450 euros d’économie annuelle.
Solutions intermédiaires (1000-2000 euros)
Tu peux installer une cuve semi-enterrée ou une grosse cuve aérienne (1500-3000 litres) avec pompe immergée. Ça permet d’alimenter plusieurs robinets dans le jardin avec une bonne pression.
Prix : environ 1500 euros tout compris. Parfait si tu as un grand jardin, un potager et que tu veux pouvoir laver la voiture.
C’est mon prochain projet : passer à 3000 litres avec une pompe pour avoir de la pression partout dans le jardin. Actuellement, avec mes 300 litres, je remplis des arrosoirs - c’est un peu limité.
Calcul des économies réelles
Dimensionner selon sa consommation
Pour savoir combien économiser, regarde d’abord combien tu consommes. Voici les moyennes par personne et par an :
- Toilettes : 13 m³ (9L × 5 utilisations × 365 jours)
- Machine à laver : 2,5 m³ (50L × 50 cycles)
- Arrosage jardin 50 m² : 10 m³
- Lavage voiture + extérieur : 3 m³
Pour une famille de 4 personnes, les toilettes seules représentent 52 m³ par an - soit 208 euros à 4 euros le m³.
Mon foyer : 2 adultes + 2 enfants. Notre consommation totale était de 145 m³ par an (580 euros). Depuis que j’utilise l’eau de pluie pour le jardin, on est passé à 120 m³ (480 euros). Économie : 100 euros la première année.
TIP
Consulte tes factures des 2 dernières années pour calculer ta consommation moyenne. Multiplie ensuite par ton prix du m³ pour voir le potentiel d’économie réel.
Surface de toiture et pluviométrie
Ta réserve dépend de deux choses : la surface de ton toit et la quantité de pluie qui tombe.
Calcul simple : Surface toiture (m²) × Pluviométrie annuelle (mm) × 0,9 (coefficient de perte) = Litres récupérables
Exemple dans le Var (600 mm de pluie par an) :
- Toit de 80 m² : 80 × 600 × 0,9 = 43 200 litres par an
- Toit de 120 m² : 120 × 600 × 0,9 = 64 800 litres par an
Même avec un “petit” toit, tu peux récupérer largement de quoi couvrir l’arrosage et une partie des usages domestiques.
Temps d’amortissement selon le système
Plus tu investis, plus l’amortissement est long - mais plus les économies sont importantes chaque année.
Récupérateur aérien 300L (450 euros) :
- Économie : 80 euros/an (arrosage)
- Amortissement : 5-6 ans
Cuve 3000L avec pompe (3500 euros) :
- Économie : 350 euros/an (toilettes + jardin + machine)
- Amortissement : 10 ans
Le système aérien est vite rentabilisé mais les économies restent limitées. La cuve enterrée demande plus d’investissement initial mais te fait économiser bien plus sur le long terme.
Mon conseil : commence avec un système simple si tu veux tester. Tu peux toujours évoluer vers plus gros après.
Installation et entretien pratique
Kit de base pour débuter
Pour une installation aérienne simple, voici ce qu’il te faut :
- Cuve de 300 à 1000 litres (150-400 euros)
- Collecteur de gouttière avec filtre (40-80 euros)
- Robinet et raccords (20-30 euros)
- Support ou parpaings pour surélever (gratuit-50 euros)
Total : 300-600 euros selon la taille. Tu peux l’installer toi-même en 2-3 heures si tu es un minimum bricoleur.
J’ai acheté ma première cuve chez Leroy Merlin en kit complet. Tout était fourni avec une notice claire. Mon compagnon et moi avons tout posé un samedi matin.
Le point délicat : percer la descente de gouttière pour installer le collecteur. Mesure bien la hauteur pour que la cuve rentre en dessous. Prends 10 cm de marge.
Entretien : vraiment minimal
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’entretien est léger :
2 fois par an (printemps et automne) :
- Nettoyer le filtre du collecteur (5 minutes)
- Vérifier qu’aucune feuille ne bouche la descente
- Inspecter les joints du robinet
1 fois par an :
- Vider et rincer la cuve si elle a beaucoup de dépôt au fond
- Vérifier que le couvercle ferme bien (éviter les moustiques)
Honnêtement, ça me prend 30 minutes par an maximum. Le filtre du collecteur retient les feuilles et gros débris, donc l’eau dans la cuve reste propre.
CAUTION
Ne laisse jamais ta cuve ouverte : les moustiques adorent pondre dans l’eau stagnante. Un couvercle bien fermé suffit à les empêcher.
Anticiper le gel en hiver
Dans le Var, le gel est rare mais possible. Si tu habites une région plus froide, protège ton installation :
- Vidange la cuve avant l’hiver (ou laisse un robinet ouvert en bas pour évacuer)
- Déconnecte les tuyaux exposés
- Isole la pompe si tu en as une
Moi, je laisse ma cuve se remplir tout l’hiver. Même s’il gèle 2-3 nuits, l’eau ne gèle pas complètement dans une cuve de 300 litres. Par sécurité, je laisse le robinet légèrement ouvert pour relâcher la pression.
Aides et subventions disponibles
Crédit d’impôt et TVA réduite
La récupération d’eau de pluie peut donner droit à des aides, surtout si tu installes un système pour usage domestique (toilettes, machine).
TVA à 10% au lieu de 20% si l’installation est faite par un professionnel dans une maison de plus de 2 ans. Ça représente une économie de 300-350 euros sur une installation à 3500 euros.
Certaines régions proposent des subventions pour encourager la gestion de l’eau. Renseigne-toi auprès de ta mairie ou de l’Agence de l’eau de ton secteur.
Dans ma commune, il y avait une aide de 200 euros pour l’achat d’un récupérateur (terminée depuis). Mais certaines collectivités maintiennent ce type de dispositif.
Programmes locaux à vérifier
Les aides varient beaucoup selon où tu habites. Voici où chercher :
- Site de ta communauté de communes
- Agence de l’eau de ton bassin
- ADEME (programmes éco-habitat)
- Ton fournisseur d’eau (certains ont des programmes d’économie)
Appelle aussi ta mairie : ils sont souvent au courant des aides locales même si ce n’est pas toujours bien communiqué.
NOTE
Garde toutes tes factures si tu installes une cuve enterrée avec usage domestique. Tu pourras les présenter pour certaines aides fiscales ou locales.
Les erreurs que j’aurais aimé éviter
Choisir une cuve trop petite
Ma première erreur : prendre une cuve de 300 litres. Elle se remplit vite quand il pleut (bien) mais elle se vide aussi très vite l’été quand j’arrose mon potager.
Résultat : je suis obligée d’attendre la prochaine pluie ou de compléter avec l’eau du robinet en plein juillet-août. Frustrant.
Si tu as la place, commence directement avec 500 ou 1000 litres. La différence de prix est minime (100-150 euros) mais l’autonomie est bien meilleure.
Oublier la pression pour l’arrosage
Une cuve posée au sol sans surélévation, c’est compliqué pour brancher un tuyau d’arrosage. La pression est trop faible.
Surélève ta cuve d’au moins 50 cm (idéalement 80 cm-1 mètre). Tu auras assez de pression pour un tuyau classique et le remplissage des arrosoirs sera plus facile.
L’autre solution : installer une petite pompe immergée (80-150 euros). Ça donne une bonne pression même avec une cuve au sol.
Négliger le filtre d’entrée
Les premières semaines, je n’avais pas de filtre correct sur mon collecteur. Résultat : plein de petites feuilles et saletés dans ma cuve. L’eau était trouble et le robinet se bouchait régulièrement.
Investis dans un bon collecteur avec filtre intégré (60-80 euros). Ça évite 90% des saletés et ton eau reste propre plus longtemps.
Démarrer simplement cette année
Tu n’es pas obligée d’investir 3000 euros dès le départ. Commence avec un système aérien pour l’arrosage - tu verras rapidement les bénéfices.
Un kit complet (cuve 500L + collecteur + robinet) coûte 400-500 euros et se monte en une demi-journée. Dès les premières pluies de printemps, tu auras de l’eau gratuite pour ton jardin tout l’été.
Mes économies après 2 ans : environ 180 euros (jardin uniquement). Pas énorme mais ma cuve est déjà amortie. Et surtout, je n’arrose plus mes tomates avec de l’eau potable chlorée à 4 euros le m³.
L’été dernier, pendant les restrictions d’eau, mes voisins ont vu leur potager griller. Le mien a survécu grâce à ma réserve. Ça n’a pas de prix.
Si tu veux aller plus loin, tu peux consulter les outils de calcul pour la maison pour mieux dimensionner ton projet selon ta consommation réelle.