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Lettre à ma fille : tu n'as pas besoin d'être une bonne fille

Une lettre sincère pour libérer nos filles du poids d'être toujours gentille, souriante et reconnaissante. L'éducation bienveillante, c'est aussi ça.

Par Anne-Laure ·
Lettre à ma fille : tu n'as pas besoin d'être une bonne fille

Ma petite fille,

Je t’écris cette lettre parce que j’ai compris quelque chose d’important. Quelque chose que personne ne m’avait dit quand j’étais petite, et que je veux te transmettre maintenant.

Tu n’as pas besoin d’être une “bonne fille”.

Je sais, ça sonne bizarre. On te répète sûrement le contraire tous les jours : sois gentille, sois polie, sois souriante, fais plaisir aux autres. Et moi aussi, je l’ai dit sans réfléchir - “sois sage chez mamie”, “fais un bisou à tonton”, “dis merci à la dame”.

Mais voilà le truc : cette obsession de la petite fille parfaite, celle qui ne dérange jamais, qui sourit toujours, qui s’excuse tout le temps… elle fabrique des femmes épuisées. Des femmes qui passent leur vie à essayer de satisfaire tout le monde sauf elles-mêmes.

Et je refuse ça pour toi.

Ce que je veux vraiment pour toi

Je ne veux pas que tu deviennes une fille insupportable qui fait n’importe quoi. L’éducation bienveillante, ce n’est pas laisser faire sans limites. Je veux que tu grandisses avec des valeurs solides : le respect, l’empathie, la gentillesse quand elle est sincère.

Mais je veux aussi que tu saches dire non. Que tu refuses un câlin si tu n’en as pas envie. Que tu te mettes en colère quand c’est légitime. Que tu prennes de la place, que tu sois bruyante, que tu défendes tes idées même si ça déplaît.

IMPORTANT

Une fille qui pose des limites n’est pas impolie. Une fille qui exprime sa colère n’est pas méchante. Une fille qui refuse de sourire n’est pas désagréable. Elle apprend juste à respecter ses propres besoins.

J’ai mis du temps à comprendre ça. Moi aussi, j’ai été élevée comme une “bonne fille”. Résultat ? À 30 ans, je m’excusais encore d’exister. Je disais “désolée” quand quelqu’un me bousculait dans le métro. Je souriais à des types qui me mettaient mal à l’aise. Je disais oui à tout par peur de décevoir.

Ça m’a pris des années pour me défaire de ces réflexes. Je ne veux pas que tu perdes ce temps-là.

Les pièges de l’éducation “gentille fille”

Regarde autour de toi. Combien de fois entend-on dire à une jeune fille qu’elle est “trop” quelque chose ? Trop bavarde, trop émotive, trop sensible, trop exigeante. Pendant ce temps, les garçons qui prennent de l’espace sont “dynamiques”, “affirmés”, “leaders”.

Cette différence de traitement, elle commence tôt. Très tôt. Dès la crèche, les études montrent qu’on tolère mieux l’agitation chez les garçons. Qu’on valorise davantage la douceur chez les filles.

Le problème avec l’injonction à être toujours gentille ? Elle t’apprend que tes besoins passent après ceux des autres. Que ta valeur dépend de ta capacité à ne pas déranger. Que ton intelligence émotionnelle doit servir à décoder les autres, jamais à t’écouter toi.

Et ça, ma chérie, c’est la recette parfaite pour devenir une adulte qui s’oublie.

Ce que je t’encourage à faire (et à ne pas faire)

Tu peux :

  • Dire “non” sans te justifier
  • Être en colère sans t’excuser
  • Prendre de la place sans culpabiliser
  • Changer d’avis
  • Être fière de tes réussites (sans fausse modestie)
  • Demander ce dont tu as besoin
  • Refuser un contact physique, même avec des proches

Tu n’as pas à :

  • Sourire quand tu es triste
  • T’excuser d’exister
  • Être toujours disponible émotionnellement pour les autres
  • Minimiser tes talents pour ne pas “paraitre prétentieuse”
  • Accepter des comportements irrespectueux pour “garder la paix”

TIP

Quand quelqu’un te dit “sois gentille”, demande-toi : est-ce qu’on dirait la même chose à un garçon dans la même situation ? Si la réponse est non, c’est un signal d’alerte.

L’éducation bienveillante, ce n’est pas fabriquer des enfants dociles. C’est élever des êtres humains qui se respectent eux-mêmes autant qu’ils respectent les autres.

L’intelligence émotionnelle, oui - mais pour toi aussi

Tu vas souvent entendre que les filles sont naturellement plus empathiques, plus à l’écoute, plus douées pour gérer les émotions. C’est faux. Ou plutôt, si on vous pousse dans ce sens depuis la naissance, forcément, vous développez ces compétences.

Le problème ? Cette intelligence émotionnelle est souvent détournée. On attend des filles qu’elles gèrent les humeurs de tout le monde, qu’elles rassurent, qu’elles consolent. Mais personne ne leur apprend à utiliser cette même intelligence pour elles-mêmes.

Je veux que tu deviennes une jeune femme consciente de ses émotions, oui. Mais d’abord pour toi. Pour savoir ce que tu ressens, ce qui te convient, ce qui te blesse. Pas pour devenir la thérapeute émotionnelle de ton entourage.

NOTE

Être bienveillante, c’est bien. Mais la première personne envers qui tu dois être bienveillante, c’est toi-même.

Comment je vais t’accompagner

Je ne suis pas parfaite. Je vais sûrement reproduire certains schémas malgré moi. Mais voici ce que j’essaie de faire au quotidien :

Valoriser d’autres qualités que la gentillesse

Quand tu fais quelque chose qui me rend fière, je ne dis pas “tu es gentille”. Je dis : “tu es courageuse”, “tu es créative”, “tu as trouvé une super solution”, “tu t’es bien défendue”.

Les mots qu’on répète à un enfant forgent son identité. Si tu entends 100 fois “tu es gentille”, tu vas te construire autour de ça. Si tu entends “tu es intelligente”, “tu es drôle”, “tu es forte”, tu vas développer ces facettes-là.

T’encourager à prendre ta place

Je remarque déjà à la maternelle : les garçons qui parlent fort en récré sont “dynamiques”, les filles qui font pareil sont “excitées”. Je refuse ce double standard.

Alors oui, je vais te rappeler de respecter les autres, de ne pas couper la parole, d’écouter aussi. Mais je ne vais jamais te demander de te faire petite, de parler moins fort, d’être plus discrète. Ta voix a le droit d’exister.

Respecter ton corps

C’est peut-être le point le plus difficile pour moi. J’ai été élevée dans cette culture du “fais un bisou à mamie” même quand j’en avais pas envie. Résultat ? J’ai mis des années à comprendre que mon corps m’appartenait.

Alors avec toi, c’est clair : tu choisis. Si tu ne veux pas faire de câlin à quelqu’un, tu dis bonjour de loin. Si tu veux arrêter un jeu qui implique du contact physique, tu arrêtes. Ton oncle, ta grand-mère, ton cousin - peu importe. Ton corps, tes règles.

WARNING

Un enfant à qui on impose des contacts physiques non désirés apprend que le consentement ne compte pas. C’est dangereux pour plus tard.

Te montrer des modèles variés

Je fais attention aux livres qu’on lit, aux films qu’on regarde. Je cherche des héroïnes qui ne sont pas que douces et mignonnes. Des filles qui font des bêtises, qui prennent des risques, qui se trompent et qui recommencent.

Parce que tu as besoin de voir qu’il existe mille façons d’être une fille. Qu’aucune n’est meilleure que l’autre.

La bienveillance, c’est un équilibre

Attention : je ne suis pas en train de te dire de devenir égoïste ou méprisante. Le respect des autres reste une valeur importante pour moi. L’empathie, la capacité à se mettre à la place de l’autre, c’est précieux.

Ce que je veux, c’est que tu trouves l’équilibre. Que tu sois capable de gentillesse ET de fermeté. D’empathie ET d’affirmation. De douceur ET de force.

Une éducation bienveillante, ce n’est pas choisir entre élever une fille docile ou une adolescente impossible. C’est élever une jeune femme qui se respecte elle-même autant qu’elle respecte les autres.

Le message que je veux que tu retiennes

Ma chérie, dans quelques années, tu vas rencontrer des gens qui essaieront de te mettre dans des cases. De définir comment une “bonne fille” devrait se comporter. Des profs, des amis, des petits copains peut-être, qui vont te reprocher d’être “trop” quelque chose.

Quand ça arrivera - et ça arrivera - je veux que tu te souviennes de cette lettre.

Tu n’as pas à être parfaite. Tu n’as pas à plaire à tout le monde. Tu n’as pas à t’excuser d’exister pleinement.

Tu as le droit d’être complexe, contradictoire, changeante. D’être gentille quand tu le choisis, pas parce qu’on te l’impose. D’être en colère quand c’est justifié. De dire non. De prendre de la place.

TIP

Si quelqu’un te reproche de ne pas être “assez gentille” ou “trop difficile”, pose-toi cette question : est-ce que cette personne me respecte vraiment, ou est-ce qu’elle veut juste que je sois plus facile à gérer ?

Je ne veux pas que tu passes les 20 premières années de ta vie d’adulte à déconstruire le conditionnement de “bonne fille”. Je veux que tu arrives à l’âge adulte en sachant déjà que ta valeur ne dépend pas de ta capacité à ne jamais déranger.

L’éducation que j’essaie de te donner, c’est celle-là. Pas parfaite, pas toujours cohérente, mais sincère. Une éducation bienveillante qui te considère comme une personne à part entière, pas comme une petite fille qu’on formate pour plaire aux adultes.

Tu es bien plus qu’une “bonne fille”. Tu es drôle, créative, curieuse, forte, sensible, intelligente. Tu es toi, et c’est largement suffisant.

Je t’aime,

Maman


PS : Si un jour tu lis cette lettre et que tu me reproches de ne pas toujours avoir appliqué ces principes, tu auras raison. Je fais de mon mieux, mais je ne suis pas parfaite. L’important, c’est qu’on avance ensemble. Et si tu as envie d’en parler autour d’un chocolat chaud, je serai toujours là pour t’écouter.

Questions fréquentes

Comment arrêter de dire à ma fille d'être gentille tout le temps ?
Remplace 'sois gentille' par des messages qui valorisent ses émotions : 'tu as le droit d'être en colère', 'tu peux dire non si tu n'es pas à l'aise'. Concentre-toi sur le respect mutuel plutôt que sur la complaisance.
Est-ce grave de demander à ma fille d'être polie ?
La politesse, c'est bien. Le problème, c'est quand on demande aux filles d'être toujours souriantes, de ne jamais contrarier, de s'excuser constamment. Ça forge des adultes qui n'osent pas poser de limites.
Comment élever une fille confiante sans la rendre arrogante ?
En valorisant ses qualités réelles (intelligente, courageuse, drôle) plutôt que son apparence ou sa gentillesse. En lui montrant qu'elle peut être forte ET bienveillante, affirmée ET empathique.
À quel âge commencer à parler de ces sujets avec ma fille ?
Dès la petite enfance. Les stéréotypes de la 'bonne fille' se construisent très tôt, souvent avant 3 ans. Plus tu commences tôt à valoriser son autonomie et ses émotions, mieux c'est.
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