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Lamala : notre recette testée (et approuvée) du biscuit de Pâques alsacien

Le lamala, c'est ce biscuit moelleux en forme d'agneau que les familles alsaciennes sortent du four le dimanche de Pâques.

Par Émilie Castellan ·
Lamala : notre recette testée (et approuvée) du biscuit de Pâques alsacien

Le lamala, c’est ce biscuit moelleux en forme d’agneau que les familles alsaciennes sortent du four le dimanche de Pâques. On a fait venir un moule en terre cuite depuis Mulhouse et on s’est lancées un mercredi après-midi pluvieux, avec nos deux pitchouns en cuisine. On te donne la recette qui a marché, les pièges qu’on a évités de justesse, et les étapes où tu peux confier la spatule à un petit bras.

Lamala

Le lamala, qu’on écrit aussi lammele, c’est l’emblème gourmand du lundi de Pâques en Alsace. On le prépare la veille ou le matin du dimanche pour le servir en dessert, posé sur la table à côté des chocolats. Sa forme d’agneau pascal ne doit rien au hasard : dans la tradition alsacienne, l’agneau symbolise le renouveau du printemps, et on le glisse dans le panier du pique-nique de Pâques, enveloppé dans un torchon propre.

C’est un biscuit levé aux œufs, sans matière grasse, qui tient à la fois du gâteau de Savoie et du biscuit cuillère. Sa texture doit être moelleuse sans être humide, avec une croûte dorée et sucrée qui craque légèrement sous la dent. Le parfum vient d’une gousse de vanille grattée, d’un zeste de citron ou d’une cuillère à café de kirsch.

En Alsace, la recette se transmet sur un coin de nappe, sans balance, avec des repères intuitifs. Le moule en terre cuite vernissée se garde d’une génération à l’autre, certaines grands-mères possèdent encore celui de leur propre mère, et les marques de cuisson sur l’émail racontent trente, quarante, cinquante Pâques.

Le moule en terre cuite, le seul qui donne une croûte fine et un cœur aéré

Le moule à lamala n’est pas un gadget folklorique. C’est l’outil qui fait la recette. Fabriqué en terre cuite émaillée, il emmagasine la chaleur lentement et la restitue de façon homogène pendant toute la cuisson. Ce choc thermique progressif permet à la pâte de gonfler sans brusquer les blancs d’œufs, et la fine couche d’émail empêche le biscuit d’attacher sans qu’on ait besoin de fariner à outrance.

Un moule en métal classique chauffe trop vite. Les bords de l’agneau brunissent avant que le centre soit cuit, et le biscuit développe une croûte amère qui masque le goût délicat de la vanille. Le silicone, lui, reste tiède trop longtemps : la pâte ne saisit pas assez rapidement et le lamala perd son volume en refroidissant.

Le moule en terre se trouve dans les magasins d’ustensiles traditionnels, sur les marchés de Noël alsaciens ou auprès de quelques céramistes de la région de Soufflenheim qui en fabriquent encore à la main. Tu peux aussi en dénicher en ligne. Le modèle classique affiche un agneau debout, parfois couché, d’une vingtaine de centimètres de long. Avant la première utilisation, il faut le rincer à l’eau claire et le laisser sécher à l’air libre. Pas de savon, pas d’éponge abrasive, et surtout pas de lave-vaisselle : l’émail prendrait un coup de vieux en trois lavages.

Les ingrédients

Six œufs, du sucre semoule, de la farine, de la fécule de maïs. Moitié farine moitié fécule, c’est le secret du moelleux. Pour le parfum : une gousse de vanille, un zeste de citron, une cuillère de kirsch. L’alcool s’évapore à la cuisson.

Sors les œufs du frigo une demi-heure avant. Des blancs trop froids montent moins bien. Beurre le moule au pinceau en insistant sur les oreilles et la queue, farine à peine, tape l’excédent.

Étape par étape : monter la pâte sans la faire retomber

1. Séparer les blancs des jaunes

Casse les œufs un par un dans un petit bol avant de les répartir. Un jaune qui crève dans le saladier des blancs, et c’est toute la meringue qui refuse de monter. Les jaunes vont dans un grand saladier avec le sucre, les blancs dans un cul-de-poule parfaitement dégraissé, passe un chiffon imbibé de vinaigre blanc à l’intérieur si tu as un doute.

2. Blanchir les jaunes et le sucre

Fouette les jaunes avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et double de volume. Avec un batteur électrique, compte le temps qu’il faut, le ruban doit se former quand tu soulèves les fouets et retomber en traçant un huit à la surface. Ajoute la vanille, le zeste et le kirsch à ce stade. Si tu utilises un robot pâtissier, surveille la texture : un blanchiment trop long chauffe les jaunes et donne un goût d’omelette.

3. Monter les blancs en neige

Commence à vitesse lente pour casser la structure des blancs, puis accélère progressivement. Dès que les blancs deviennent mousseux, verse une pincée de sel fin. Ne mets pas de sucre dans les blancs pour un lamala, contrairement à une meringue classique : on cherche une neige souple, pas satinée, qui s’incorpore facilement à l’appareil aux jaunes.

Les blancs sont prêts quand ils forment un bec d’oiseau au bout des fouets, cette pointe qui retombe légèrement sur elle-même. S’ils sont trop fermes, ils se décollent en grains quand tu les mélangeras à la pâte et formeront des poches farineuses.

4. Incorporer la farine et les blancs

Tamise la farine et la fécule ensemble au-dessus du mélange jaunes-sucre. Mélange à la spatule en soulevant la masse, sans tourner comme pour une pâte à gâteau. Dès que la farine n’est plus visible, incorpore les blancs en trois fois. Le premier tiers, tu peux mélanger énergiquement pour détendre la pâte. Les deux suivants, travaille à la maryse, en coupant la pâte et en la soulevant, jusqu’à ce qu’aucune trace blanche ne subsiste.

Une pâte bien montée doit être brillante, gonflée, et couler en un ruban épais quand tu la verses dans le moule. Remplis le moule jusqu’au ras des bords de la jointure, la pâte va gonfler, mais le lamala ne doit pas déborder par les oreilles.

La cuisson : ton four devient ton meilleur allié

Place une grille en position basse et préchauffe le four à une température modérée. Une chaleur trop vive colore la croûte avant que l’intérieur ait fini de cuire, et le biscuit retombe en refroidissant. Le moule en terre craint les chocs thermiques : ne le pose jamais directement sur une plaque brûlante en sortant du four, mais sur une grille ou un torchon plié.

N’ouvre pas la porte du four pendant la première moitié de la cuisson. Un courant d’air froid suffit à faire crever la structure. Tu sauras que le lamala est cuit quand sa surface est uniformément dorée et qu’une lame de couteau plongée au centre ressort à peine humide.

Le temps de cuisson varie selon l’épaisseur du moule et la taille de l’agneau. Le mien a cuit en une quarantaine de minutes, mais une minute de trop et le biscuit devient sec. Mieux vaut le sortir une poignée de secondes avant le point parfait : la chaleur résiduelle du moule termine la cuisson hors du four.

Laisse reposer le moule sur une grille une dizaine de minutes, pas plus. Démoule le lamala encore tiède, en passant une spatule fine le long des parois avant de le retourner doucement sur un torchon propre. Tiens l’agneau par les flancs, pas par les oreilles, qui sont fragiles. S’il résiste un peu, tapote le dos du moule, ne tire jamais. Un lamala chaud s’effrite, un lamala froid se brise.

Ce qu’on a raté la première fois

On a voulu doubler les quantités pour remplir deux moules en même temps. Le deuxième mélange a attendu vingt minutes sur le plan de travail pendant que le premier cuisait. Résultat : les blancs sont retombés, la pâte a perdu la moitié de son volume, et le deuxième agneau ressemblait à un biscuit de régime. Depuis, un seul moule, une seule fournée, et on enchaîne.

Deuxième raté : on a beurré le moule à la va-vite en oubliant les oreilles. Le lamala s’est démoulé entier, sauf les deux pointes restées collées au fond. Maintenant, on beurre au pinceau, on insiste sur les reliefs, et on farine à peine.

Troisième leçon : le lamala se conserve très bien. Enveloppé dans un torchon puis dans du film alimentaire, il garde son moelleux trois jours à température ambiante. On l’a même emmené en pique-nique sur les hauteurs de Barjols le lundi de Pâques : zéro émiettage, des parts faciles à découper au couteau à pain.

Sur la table, entier, avec un café serré

Le lamala se déguste nature, saupoudré de sucre glace, ou accompagné d’une salade de fraises quand la saison s’y prête. Pas de réfrigérateur : le froid fige l’amidon et rend le biscuit caoutchouteux. Garde-le dans une boîte fermée à l’abri de la lumière, et termine-le sous trois jours.

On l’apporte à table entier, sur un plat long, avant de le découper devant les invités. Les enfants récupèrent les oreilles en premier, les adultes se disputent la croûte sucrée du dos. Un petit café serré à côté, et le repas de Pâques se termine sans lourdeur. Pour le vin, une vendange tardive ou un gewurztraminer pas trop sucré tient tête au moelleux de l’agneau sans l’écraser.

Questions fréquentes

Peut-on faire un lamala sans moule en terre cuite ?

Un moule en terre cuite émaillée reste l’idéal, mais si tu n’en as pas, un moule en fonte émaillée peut dépanner : il garde la chaleur de façon régulière et offre des résultats proches, à condition de réduire un peu la température du four. Les moules en métal antiadhésif et en silicone sont à éviter, car ils modifient la texture et rendent le démoulage risqué.

La pâte peut-elle se préparer la veille ?

Non, la pâte doit être enfournée immédiatement après l’incorporation des blancs en neige. Une pâte qui repose perd ses bulles d’air et donne un biscuit dense. En revanche, tu peux peser tous les ingrédients la veille et sortir le matériel pour gagner du temps le jour J.

Mon lamala est retombé en refroidissant, qu’est-ce qui a cloché ?

Deux causes probables : une cuisson insuffisante ou une porte de four ouverte trop tôt. Vérifie la cuisson à l’aide d’une lame de couteau avant de sortir le moule, et laisse le lamala tiédir dans le four éteint, porte entrouverte, pendant cinq minutes avant de le démouler.

Par quoi remplacer le kirsch si mes enfants goûtent le biscuit ?

Quelques gouttes d’extrait d’amande amère, une cuillère à café d’eau de fleur d’oranger ou simplement une gousse de vanille entière. L’alcool du kirsch s’évapore pendant la cuisson, mais si tu préfères l’éviter, l’amande amère donne un résultat très proche du goût traditionnel.

Peut-on congeler un lamala ?

Oui, à condition de l’emballer tiède dans un film alimentaire puis dans un sac de congélation bien fermé. Décongèle-le à température ambiante, toujours dans son emballage, pour que l’humidité ne ramollisse pas la croûte. Un passage de quelques minutes au four tiède lui redonne du croustillant avant de servir.

Le lamala demande un peu d’attention la première fois. Le bon moule, des blancs montés avec confiance, un four qu’on n’ouvre pas par curiosité. Mais une fois qu’on a compris sa logique, il devient l’un des gâteaux les plus simples du répertoire familial. La pâte se fait sans balance, le biscuit se conserve sans frigo, et l’agneau posé sur la table fait son petit effet. Cette année, on a testé une version aux éclats de pistache et à la fleur d’oranger, pas alsacienne pour un sou, mais elle a disparu du plat avant le fromage.

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